Aliments pour bébés : à Nuremberg, l’Afrique plaide pour le « zéro sucre ajouté »

Bien que non engagée au sein du Codex Alimentarius, l’Organisation Africaine des Consommateurs rallie un large soutien international pour que les enfants africains bénéficient de la même protection que ceux des autres continents.
L’Organisation Africaine des Consommateurs (OAC) a lancé le 26 octobre dernier une campagne en faveur du « zéro sucre ajouté » dans les aliments destinés aux enfants de 6 à 36 mois. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la 45ème session du Comité du Codex sur la nutrition et les aliments diététiques ou de régime (CCNFSDU), qui se tient du 2 au 6 novembre 2026 à Nuremberg, en Allemagne. Elle porte une exigence simple où que les normes internationales garantissent à chaque enfant africain une alimentation aussi saine que celle offerte aux enfants des autres régions du monde.
À l’origine de cette mobilisation, un constat préoccupant. Une enquête de l’ONG Public Eye a révélé que les céréales infantiles Cerelac, très populaires sur le continent, contiennent près de six grammes de sucre ajouté par portion en Afrique, alors que les produits vendus en Europe en sont exempts.
Le 25 juin 2026, l’OAC a saisi la société Nestlé S.A. pour lui demander de retirer tout sucre ajouté de ses céréales infantiles commercialisées en Afrique. Dans sa réponse du 20 juillet, l’entreprise, que l’OAC remercie pour son ouverture au dialogue, a indiqué que ses produits respectent les réglementations nationales ainsi que la Norme Codex CXS 74-1981, et qu’elle propose désormais des versions avec et sans sucres ajoutés.


Cette réponse met en lumière le cœur du problème. Tant que les normes tolèrent l’ajout de sucres, les fabricants pourront s’en prévaloir et la responsabilité du choix continuera de reposer sur les seuls parents. La norme CXS 74-1981 autorise en effet jusqu’à 20 % de sucre ajouté dans les céréales infantiles, soit environ dix grammes par portion pour des bébés dès l’âge de six mois. C’est donc au niveau des normes elles-mêmes que la protection des enfants doit être assurée.
L’Organisation mondiale de la Santé alerte depuis longtemps sur le fait qu’une exposition précoce au goût sucré favorise une préférence durable pour les aliments sucrés et constitue un facteur de risque important d’obésité. Or, le nombre d’enfants africains de moins de cinq ans en surpoids a presque doublé depuis 1990, et de nombreux pays font face à un double fardeau de la malnutrition où coexistent retard de croissance, insuffisance pondérale et obésité. L’ajout de sucre n’apporte aucune réponse à la dénutrition, l’enrichissement en fer, en zinc et en vitamines n’en nécessitant aucun.
Le Codex Alimentarius a lui même ouvert la voie à la norme CXS 156-1987, révisée en 2023, exclut l’ajout de saccharose et de fructose dans les produits destinés aux enfants de 12 à 36 mois. L’OAC demande que ce principe soit étendu à l’ensemble des aliments destinés aux enfants de 6 à 36 mois, et que la norme sur les céréales infantiles soit révisée dans le même sens.
Une mobilisation diplomatique d’envergure
À quelques jours de l’ouverture des travaux, l’OAC a adressé, le 30 octobre 2026, une lettre ouverte à l’ensemble des Points de contact nationaux du Codex des États africains ainsi qu’au Secrétariat du Codex. Elle les invite notamment à intégrer la position « zéro sucre ajouté » dans leur position nationale, à contribuer à une position commune africaine au sein du CCAFRICA et à associer les organisations de consommateurs à la préparation des positions nationales. Parallèlement, la Direction Exécutive a sollicité les décideurs des pays africains pour les appeler à soutenir cette démarche.
À Nuremberg, le message de l’OAC est porté par son Vice-Président, M. MADIH Oudi, membre de la délégation du Royaume du Maroc. Il se félicite de l’accueil réservé à cette position : « Une très bonne partie des pays soutient notre position ; l’Union européenne, l’Inde, le Maroc, le Brésil, l’Union africaine, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Nous avons pu aussi envoyer à tous les délégués une demande de soutien, en plus du travail que la Direction Exécutive a fait en sollicitant tous les décideurs de nos pays africains afin qu’ils soutiennent notre action. »
Pour le Président de l’OAC, DAOUDA Elhadj Adam, l’heure est à l’intensification des efforts : « Nous avons l’obligation de mettre les bouchées doubles pour que la norme sur l’utilisation du sucre dans les aliments pour enfants soit revue. La santé de la génération de demain en dépend, et l’histoire ne pourra pas nous pardonner si nous restons dans la passivité. Nos actions de plaidoyer devront se poursuivre. Je voudrais remercier d’ores et déjà Public Eye, qui a bien voulu nous accompagner en facilitant la participation de notre collègue, ainsi que toutes les délégations qui ont rejoint notre appel. Zéro sucre ! »
Fédérant cinquante organisations nationales de consommateurs dans trente-neuf pays africains, l’OAC entend poursuivre son action au delà de cette session, auprès des instances du Codex comme des autorités nationales, afin que les normes adoptées se traduisent concrètement dans les réglementations et dans les rayons. Elle demeure disponible pour toute contribution technique et réaffirme une conviction simple : les enfants africains méritent la même protection que ceux des autres continents.